Apprendre à ciel ouvert : un rendez-vous incontournable

Le colloque Apprendre à ciel ouvert, qui se tient chaque année à Drummondville, rassemble plusieurs centaines de participantes et participants provenant de la petite enfance, du préscolaire, du primaire, du secondaire, de la recherche et du milieu communautaire.

L’événement offre un espace privilégié pour réfléchir aux différentes façons d’intégrer le plein air aux milieux éducatifs.

Les conférences et ateliers abordent notamment le jeu libre, la saine prise de risque, l’aménagement des espaces extérieurs, le développement global de l’enfant, les apprentissages en nature et les résultats des recherches récentes dans le domaine.

L’édition 2026, tenue à l’école secondaire Marie-Rivier de Drummondville, a permis à des centaines de personnes passionnées de partager leurs expériences et de faire évoluer leurs pratiques.

Explorer avec les tout-petits tout en respectant la nature

Parmi les ateliers suivis, Explorer avec les tout-petits en respectant la nature fragile a particulièrement retenu l’attention d’Érick.

Les échanges ont porté sur une question importante : comment permettre aux enfants d’explorer librement leur environnement tout en préservant les milieux naturels que nous fréquentons ?

À travers différentes mises en situation, les participantes et participants ont été amenés à réfléchir à la valeur des éléments naturels que les enfants aiment tant ramasser. Une branche, une pomme de pin ou quelques feuilles peuvent devenir de merveilleux outils de création et de découverte, mais ils jouent également un rôle essentiel dans l’écosystème.

Cet atelier nous rappelle que chaque sortie est une occasion de développer à la fois l’émerveillement et le respect du vivant. Les enfants découvrent progressivement que la nature n’est pas seulement un terrain de jeu, mais également un milieu dont nous devons prendre soin.

Le pistage : une invitation à observer autrement

Érick a également participé à un atelier consacré au pistage animalier animé par une pisteuse professionnelle.

L’atelier montrait comment une simple empreinte dans la boue, une plume au sol ou une écorce grugée peuvent devenir le point de départ d’une véritable enquête avec les enfants.

Au-delà des traces elles-mêmes, c’est toute une démarche d’observation, de questionnement et d’émerveillement qui était proposée. Les enfants apprennent à ralentir, à observer les détails, à formuler des hypothèses et à chercher des indices dans leur environnement.

Cette approche transforme une promenade ordinaire en aventure où les enfants deviennent de véritables chercheurs. Elle favorise le développement du langage, de l’attention et de la connexion avec le monde vivant.

Cette conférence nous a également beaucoup inspirés dans le développement de futurs outils pédagogiques liés au pistage et à l’observation de la faune (voir le blogue : Le plein air continue de grandir dans nos centres! pour en savoir plus).

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Repenser les espaces extérieurs

De mon côté, j’ai participé à un atelier portant sur les cours naturalisées.

Les discussions nous ont amenés à nous questionner sur ce qui rend un espace extérieur réellement stimulant pour les enfants. Nous avons tous été invités à imaginer nos cours idéales, à explorer différentes façons d’intégrer davantage d’éléments naturels et à réfléchir au rôle des matériaux libres dans le jeu.

Une présentation qui a retenu mon attention montrait comment certains chercheurs utilisent des géo traceurs pour observer les déplacements des enfants dans les aires de jeux.

Ces outils aident à cartographier les endroits les plus fréquentés par les enfants, les zones qu’ils évitent et les parcours qu’ils empruntent spontanément. Les chercheurs peuvent ainsi mieux comprendre comment les enfants utilisent réellement les espaces mis à leur disposition.

Ces observations leur permettent ensuite d’aménager les espaces en fonction de leur utilisation réelle, tout en préservant la végétation et les éléments naturels qui rendent ces lieux si riches pour les apprentissages.

Ce qui m’a particulièrement marqué dans cette présentation, c’est que les chercheurs ne commençaient pas par aménager les espaces. Ils commençaient par observer les enfants. Où vont-ils naturellement ? Quels endroits fréquentent-ils le plus ? Quels lieux évitent-ils ? J’ai trouvé cette approche particulièrement intéressante, car elle nous rappelle qu’avant de modifier un environnement, il est souvent utile de prendre le temps de regarder comment les enfants l’utilisent réellement.

Les observations nous montrent d’ailleurs régulièrement que les enfants affectionnent parfois des lieux inattendus : une petite pente, un regroupement de pierres, un arbre en particulier ou un simple sentier créé par leurs déplacements répétés.

En les observant avant de modifier un environnement, nous pouvons mieux comprendre leurs besoins, leurs intérêts et leurs façons naturelles d’interagir avec le milieu.

Les tout-petits aussi ont leur place en nature

Un autre moment fort du colloque fut l’atelier consacré aux poupons et aux trottineurs (bambins) en nature.

Pour mieux comprendre leur réalité, les participants ont été invités à se mettre à leur hauteur, au sens propre comme au figuré. En revivant certaines étapes du développement moteur et en observant l’environnement depuis la perspective d’un tout-petit, chacun a pu réaliser à quel point une simple souche, une pierre ou une feuille deviennent alors des découvertes passionnantes.

Cette expérience nous a rappelé à quel point notre regard d’adulte peut parfois nous faire oublier la richesse des petites choses. Là où nous voyons un simple morceau d’écorce, un poupon découvre une nouvelle texture. Là où nous apercevons une feuille tombée au sol, il observe une forme, une couleur, un mouvement porté par le vent.

Les discussions qui ont suivi ont mis en lumière l’importance de ralentir notre regard d’adulte et de laisser aux plus jeunes le temps d’explorer librement leur environnement.

Cet atelier m’a aussi rappelé quelque chose que nous observons régulièrement dans nos centres : les tout-petits n’ont pas besoin d’aller bien loin pour vivre de grandes aventures. Un coin de forêt, une souche, quelques cailloux ou même une simple zone herbeuse peuvent devenir de véritables terrains d’exploration lorsque nous leur laissons le temps d’observer, de manipuler et de découvrir à leur rythme.

Cela nous rappelle aussi que l’éducation par la nature peut commencer dès les premiers mois de vie et qu’elle offre d’innombrables possibilités de développement, même pour les tout-petits.

Durant ce colloque, nous avons aussi appris qu’une étude publiée en 2026 dans la revue Early Childhood Education Journal s’est intéressée aux pratiques de plein air dans les services éducatifs à la petite enfance et à la formation des éducateurs. Les auteurs rappellent que les modèles d’éducation extérieure sont très variés : certains programmes se déroulent principalement à l’extérieur alors que d’autres alternent entre les espaces intérieurs et extérieurs.

L’étude cite notamment des recherches réalisées en Norvège où le temps passé dehors variait de 1 à 9 heures par jour selon les établissements et les saisons.

Ce résultat nous a particulièrement interpellés. Lorsque nous parcourons les réseaux sociaux ou découvrons certains projets internationaux, nous avons parfois l’impression que tous les milieux nordiques passent leurs journées entières en forêt. La réalité observée par les chercheurs est beaucoup plus nuancée. Même dans des pays reconnus pour leur culture du plein air, les pratiques varient considérablement d’un milieu à l’autre.

Certaines équipes passent plusieurs heures dehors chaque jour, tandis que d’autres alternent davantage entre les espaces intérieurs et extérieurs selon leur contexte, leur environnement, les saisons ou encore les besoins des enfants.

Les chercheurs soulignent que l’accès régulier à des expériences extérieures de qualité est plus important que l’adhésion à un modèle unique.

J’avoue que ce résultat m’a fait réfléchir. En regardant certains projets sur les réseaux sociaux, il est parfois facile de croire que le plein air se résume à passer ses journées entières en forêt. Pourtant, cette étude nous rappelle que la réalité est souvent beaucoup plus nuancée et que chaque sortie compte, qu’elle dure trente minutes, une demi-journée ou une journée complète. Ce qui importe avant tout, c’est la richesse des expériences vécues par les enfants, les occasions d’explorer, de jouer, d’observer et de développer une relation avec la nature.

Notre vision du plein air : un continuum d’expériences

Au Carrefour francophone, nous concevons le plein air comme un continuum d’expériences complémentaires plutôt qu’un modèle unique.

Au fil des années, nous avons constaté que plusieurs personnes associent automatiquement le plein air à la forêt. Pourtant, les possibilités éducatives sont beaucoup plus larges. C’est pourquoi nous avons développé une vision qui reconnaît différents niveaux d’engagement avec l’environnement extérieur :

  • Le jeu extérieur permet aux enfants de profiter des bienfaits d’être dehors, que ce soit dans la cour du centre, sur une structure de jeu ou dans un espace aménagé. Ces moments favorisent le mouvement, le jeu libre et le bien-être.
  • L’apprentissage en plein air consiste à déplacer certaines activités éducatives à l’extérieur. Une histoire racontée sous un arbre, une activité de découverte dans la cour ou un repas partagé dehors deviennent autant d’occasions d’apprendre dans un contexte différent.
  • L’éducation par la nature place quant à elle la nature au cœur de l’expérience. Les enfants explorent un boisé, observent les changements des saisons, manipulent des éléments naturels et développent une relation privilégiée avec le monde vivant.

Lorsqu’on me demande ce qu’est le plein air, j’aime répondre que le plein air ne se résume pas à une sortie en forêt. Une histoire racontée dehors, un repas pris dans la cour ou une exploration d’un boisé n’offrent pas les mêmes expériences, mais chacune de ces situations a sa valeur. C’est d’ailleurs ce qui nous a amenés à développer notre vision du plein air sous forme de continuum.

Tous les centres n’ont pas la chance d’avoir un boisé à proximité. Certains disposent plutôt d’une cour aménagée ou d’un espace vert plus limité. Pourtant, chacun peut offrir des expériences significatives aux enfants.

Plutôt que d’opposer ces approches, nous les considérons comme complémentaires. Une même journée peut d’ailleurs comporter plusieurs de ces dimensions : un moment de jeu libre dans la cour, une activité éducative à l’extérieur et une courte exploration d’un espace naturel voisin.

Dans nos centres, nous valorisons chacune de ces expériences. Selon les besoins des enfants, les saisons, les installations disponibles et les projets en cours, les éducatrices peuvent naviguer entre ces différents niveaux pour offrir des expériences riches, variées et adaptées à leur groupe.

Un grand merci

Ce colloque nous a permis de revenir avec beaucoup d’idées, de réflexions et d’inspiration pour la suite du programme CPE en nature. Comme souvent, nous sommes revenus avec des réponses, mais aussi des questions et l’envie de continuer à expérimenter, observer et apprendre aux côtés des enfants.

C’est ce qui rend ce projet aussi stimulant année après année.

Nous sommes heureux de pouvoir partager avec vous ces apprentissages et de continuer à construire, ensemble, une culture du plein air qui place l’enfant, son développement et sa relation avec la nature au cœur de nos préoccupations.

Nous vous retrouverons dans la prochaine infolettre pour vous présenter d’autres résultats de recherche, des expériences vécues dans nos centres ou encore de nouvelles pistes pour continuer à faire grandir le programme CPE en nature.

À très bientôt, et d’ici là, nous vous souhaitons de belles découvertes dehors avec les enfants !

 

Mathieu Lambert
Coordinateur du projet CPE forêt et conseiller pédagogique en plein air, Carrefour francophone.

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Nos partenaires de projet : PLAYLearnThink, Collège Boréal, Centre éducatif des Premières Nations, Métis et Inuit et la Pavillon Shkode (Cœur du feu);
nos partenaires de recherche : Centre d’innovation sociale pour l’enfant et la famille et notre bailleur de fonds : Emploi et Développement social Canada.

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