Quand la nature nous surprend… et nous enseigne

Chères familles,

Le mois de mars est souvent une période de transition et de tempêtes… La lumière revient, les journées s’allongent, et pourtant, l’hiver est encore bien présent autour de nous. La neige commence parfois à fondre… puis revient sans prévenir. Cette année, on pourrait même avoir l’impression que l’hiver ne souhaite pas laisser la place au printemps.

Ces dernières semaines, nous en avons eu un exemple marquant avec la tempête survenue dans la nuit du 15 au 16 mars à Sudbury. Un événement impressionnant, qui a entraîné la fermeture des centres de petite enfance pendant deux jours, et qui nous rappelle que la nature reste une force puissante, parfois imprévisible.

Dans cette infolettre, je vous propose :

  • de revenir sur cette tempête et ce qu’elle nous apprend ;
  • de vous partager ce que les enfants ont vécu dans nos centres ;
  • et enfin, de répondre aux questions posées dans la dernière infolettre, en explorant ensemble la richesse pédagogique de la fonte des neiges (en espérant que cela fera venir le printemps un peu plus rapidement !)

Bonne lecture,

 

Mathieu Lambert
Coordinateur du projet CPE forêt et conseiller pédagogique en plein air, Carrefour francophone.

La nature : une éducatrice puissante et parfois imprévisible

Ce mois-ci, la tempête qui a touché Sudbury et entraîné la fermeture de l’ensemble de nos centres de petite enfance pendant deux jours nous rappelle que la nature est une éducatrice puissante et parfois imprévisible.

Cette tempête s’inscrit sans aucun doute dans la mémoire collective des Sudburois et Sudburoises. Elle nous rappelle les tempêtes devenues légendaires dans le Nord de l’Ontario.

Parmi celles-ci, on retrouve ce qu’on appelle la « tempête des corneilles ». Ce terme viendrait des observations faites autrefois par les habitants : juste avant certaines grandes tempêtes de fin d’hiver, les corneilles se rassemblaient en grand nombre au-dessus des champs encore blanchis de neige. Elles devenaient plus bruyantes et semblaient modifier leurs déplacements, comme si elles pressentaient un changement à venir. Selon les anciens, cette tempête tardive du mois de mars était souvent la dernière “colère de l’hiver” avant que le printemps ne prenne enfin sa place. Cette tempête n’est donc pas un événement unique daté, mais plutôt une expression populaire, qui a été transmise de génération en génération, pour désigner ces tempêtes tardives, souvent surprenantes.

Nous avons également la « tempête des sucres », qui se réfère directement à la période de production du sirop d’érable. Alors que les températures commencent à se radoucir et que la récolte de la sève débute, certaines chutes de neige importantes peuvent encore survenir. Ces tempêtes, parfois lourdes et humides, compliquent généralement le travail en érablière et rappellent que l’hiver n’a pas encore dit son dernier mot.

Une occasion d’apprendre autrement ?

Au sein de notre approche de pédagogie par la nature, ces moments prennent tout leur sens. Ils deviennent des occasions précieuses d’observer le vivant :

  • les comportements des oiseaux ;
  • les variations de température ;
  • la texture de la neige (légère, lourde, collante, glacée) ;
  • les cycles des saisons, qui ne sont jamais parfaitement linéaires.

Pour les enfants, ces événements sont bien plus que de simples perturbations du quotidien. Ce sont des expériences concrètes, marquantes, qui nourrissent leur compréhension du monde.

 

Et pour nous, adultes ?

Pour les familles et les professionnels de la petite enfance, ces tempêtes invitent aussi à réfléchir :

  • Comment accueillir ces imprévus comme des opportunités d’apprentissage plutôt que comme des contraintes ?
  • Comment documenter ce que les enfants remarquent, ressentent et observent ?
  • Comment transformer ces événements en souvenirs porteurs de sens ?

Et si, finalement, ces tempêtes faisaient partie intégrante de l’apprentissage, en nous reconnectant, petits et grands, au rythme réel de la nature ?

2. Ce que vivent les enfants dans nos centres

Même lorsque les conditions météorologiques bousculent le quotidien, les enfants continuent d’apprendre, d’observer et de s’adapter.

Dans les centres de la petite enfance, chaque situation devient une occasion de :

  • s’ajuster,
  • observer autrement,
  • et vivre la nature, même lorsque celle-ci change rapidement.

Le camp de mars

Lors du camp de mars, les enfants ont commencé une de leur journée en profitant de la butte de neige située près du pavillon autochtone.

Ils ont grimpé, glissé et recommencé, sans jamais se lasser. Très vite, ils m’ont invité à participer en me demandant de les attraper dans un jeu de tague. C’est à ce moment-là que la différence d’âge s’est fait sentir :

les enfants enchaînaient les montées et les descentes avec énergie, mais pour moi, ce n’était pas facile de suivre le rythme !

Après cette période de jeu actif, un moment plus calme a été proposé. Pendant que les enfants reprenaient leur souffle, le sirop d’érable a été mis à chauffer.

Une fois prêts, nous avons laissé place à la dégustation : de la tire d’érable versée sur de la neige fraîche, préalablement conservée dans une glacière pour garantir sa propreté.

Les enfants ont été ravis de cette expérience. Entre plaisir gustatif et découverte culturelle, ce moment a permis de créer un lien concret avec la saison des sucres !

Sortie avec les préscolaires

En passant près du terrain de Terry Fox, ils ont exprimé l’envie de grimper une butte de neige pour aller voir de l’autre côté. Une fois en haut, une surprise les attendait : la neige était si compacte qu’ils pouvaient s’y déplacer presque sans s’enfoncer : ils flottaient sur la neige !

À l’inverse, les adultes s’enfonçaient jusqu’aux genoux, ce qui a beaucoup amusé les enfants !

En poursuivant leur exploration, ils ont découvert une pente glacée. Très vite, les glissades ont commencé :

d’abord assis,

puis, avec plus d’audace, sur le ventre, comme les pingouins !

C’était une belle journée durant laquelle les enfants se sont beaucoup amusés. Comme quoi, il ne faut pas grand-chose pour prendre du plaisir, et chaque saison nous apporte son lot de joie !

3. La fonte des neiges : un terrain d’exploration ?

Dans la dernière infolettre, nous vous avions proposé plusieurs questions de réflexion autour de la fin de l’hiver et de l’arrivée du printemps.

Prenons maintenant un moment pour y répondre ensemble. Nous n’en sommes pas encore à ce stade, mais cela ne saurait tarder. Ces pistes de réflexion vous seront très bientôt utiles.

Comment accompagner les enfants dans la découverte de la fonte des neiges ?

La fonte des neiges transforme complètement l’environnement. Ce qui était figé devient mouvant. Ce qui était solide devient liquide.

Et quand on sait que l’environnement est considéré, dans la pédagogie Reggio Emilia et dans nos centres de petite enfance, comme le 3ème éducateur, on se rend compte que ces changements ont une importance capitale pour nos tout petits.

L’environnement : le « troisième éducateur »

Vous avez peut-être entendu parler de l’environnement comme du troisième éducateur de l’enfant.

Les deux premiers étant :

  • l’adulte (personnel éducateur, parent),
  • les autres enfants (le groupe).

Le troisième, souvent moins évident, mais tout aussi important, c’est l’environnement.

Mais concrètement, qu’est-ce que cela veut dire ?

Cela signifie que ce qui entoure l’enfant participe activement à ses apprentissages.

Dans notre contexte de pédagogie par la nature, les nombreux éléments qui nous entourent, tels que la neige, le vent, la glace, la boue, les arbres, les tempêtes, le soleil… ne sont pas seulement un décor, mais de véritables sources d’apprentissage.

Et la période de fonte des neiges est particulièrement intéressante pour les enfants. Elle leur permet d’observer :

  • l’eau qui coule,
  • les ruisseaux ou rivières temporaires qui se forment,
  • la neige qui disparaît,
  • et les chemins qui changent.

C’est une excellente occasion pour l’adulte d’accompagner les enfants dans ces changements en nommant ce qui se passe, en ralentissant et en leur laissant le temps d’observer et d’expérimenter.

 

Que peut-on apprendre des flaques, des ruisseaux, et de la boue ?

Plus que vous ne pourriez le penser ! Les flaques et ruisseaux peuvent devenir des laboratoires naturels :

  • on peut y voir des reflets,
  • comprendre et étudier les écoulements,
  • tester la profondeur,
  • observer ce qui flotte ou non, …

La boue, quant à elle, est souvent perçue comme un obstacle. Pourtant, elle offre en réalité un terrain sensoriel riche avec sa texture, sa résistance et la façon qu’elle a de se transformer.

 

Quels changements les enfants remarquent-ils ?

Les enfants sont souvent les premiers à remarquer les changements tels que les zones de glace qui disparaissent, la neige qui devient plus lourde, ou encore, les traces qui apparaissent dans la boue.

Notre rôle, en tant qu’adulte, est de valoriser ces observations.

Comment vivre au mieux la transition entre l’hiver et le printemps ?

Cette transition n’est pas simple, souvent instable, et c’est ce qui la rend si intéressante.

Un jour, il gèle. Le lendemain, ça fond. Puis ça gèle à nouveau.

Grâce à cela, les enfants apprennent que le monde n’est pas figé. Qu’il est en perpétuel mouvement. Et, en plus de sauter dans les flaques d’eau, ils apprennent aussi à ajuster leur équilibre lorsque le terrain devient plus glissant. La nature nous offre donc tout ce qu’il faut pour développer naturellement la motricité globale des enfants.

Que faire pour faciliter les expériences en extérieur de nos tout petits ?

Les équiper avec des vêtements adéquats, en fonction de la météo du jour ! Ainsi, si les flaques font partie intégrante de la journée, il n’y aura pas de frustration si l’enfant a une combinaison de pluie et des bottes, puisqu’il pourra sauter autant qu’il le souhaite dans les flaques, tout en restant au sec.

 

Sommes-nous prêts à laisser leurs bottes se salir ?

C’est peut-être ça, la question la plus importante.

Explorer la fonte des neiges, c’est accepter l’eau, la boue et les vêtements mouillés.

Mais c’est aussi permettre aux enfants de vivre pleinement, et avec entrain, cette transition.

Mars, un mois surprenant !

Le mois de mars nous rappelle que la nature ne suit pas un rythme linéaire. Elle surprend, elle change, elle résiste parfois, et c’est précisément dans ces moments-là que les apprentissages sont les plus riches pour tous.

La tempête que nous avons vécue, tout comme la fonte des neiges qui s’annonce, nous montrent que l’environnement n’est jamais figé. Il évolue, se transforme, et offre aux enfants des occasions infinies d’explorer, de comprendre et de grandir.

En acceptant ces changements, en laissant une place à l’imprévu dans nos vies et en faisant confiance aux capacités des enfants, nous leur permettons de développer leur curiosité, leur adaptation et leur lien au monde vivant.

Merci aux équipes éducatives pour leur engagement et leur capacité à transformer chaque situation en opportunité d’apprentissage. Merci également à vous, familles, de soutenir ces expériences, même lorsque cela implique un peu d’eau, de boue, et des bottes bien sales !

Au plaisir de vous retrouver dans la prochaine infolettre, où nous entrerons, je l’espère, pleinement dans le printemps.


Mathieu Lambert
Coordinateur du projet CPE forêt et conseiller pédagogique en plein air, Carrefour francophone.

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