publié le jeudi 29 janvier 2026
par Jasmine Morin dans Blogue
Chères familles,
L’hiver est là, le vrai. Celui qui transforme nos rues, nos paysages, et nous invite à ralentir. Et en tant que personnel éducateur, cela nous invite aussi à adapter nos pratiques !
Ces derniers jours, nous avons traversé un épisode de vortex polaire particulièrement intense. Le vendredi 23 janvier, certaines régions de l’Ontario figuraient parmi les endroits les plus froids du monde! Dans un tel contexte, il devient essentiel de prendre un temps de réflexion sur nos sorties extérieures : comment continuer à profiter du plein air, tout en assurant la sécurité et le bien-être des enfants et des adultes ?
Dans cette infolettre, je vous propose :
Bonne lecture,
Mathieu Lambert
Coordinateur du projet CPE forêt et conseiller pédagogique en plein air, Carrefour francophone
Dans les deux dernières infolettres, je vous avais proposé plusieurs questions de réflexion autour de l’arrivée du froid et de ses impacts sur les enfants. J’espère que ces pistes vous ont été utiles. Aujourd’hui, je prends avec vous un moment pour explorer davantage le sujet du froid, notamment dans un contexte de températures exceptionnellement basses.
Quels sont les risques liés au froid ?
Chez les enfants comme chez les adultes, le froid intense peut entraîner :
Les engelures surviennent lorsque la peau et les tissus sous-jacents gèlent partiellement ou totalement. Les zones les plus sensibles sont les doigts, les orteils, les joues, les oreilles, ainsi que tout autre endroit exposé directement au froid.
Les engelures doivent être traitées rapidement et adéquatement. Sinon, la zone touchée peut demeurer sensible au froid pendant plusieurs années. Dans les cas les plus graves, une engelure profonde peut même conduire à l’amputation.
Voici les symptômes associés aux engelures :
Certaines personnes ont plus de risque de souffrir du froid extrême, les nouveau-nés et les nourrissons en font partie.
C’est pour cette raison que nous sommes particulièrement attentifs à cela dans les centres de la petite enfance, et que, quel que soit l’âge, nous recommandons de porter des cagoules, des mitaines imperméables, une combinaison et des bottes de neige, ainsi que plusieurs couches de vêtements au besoin, qui permettent d’ajuster la chaleur selon l’activité.
Être bien habillé ne sert pas seulement à ne pas avoir froid, cela permet aux enfants de rester confortables pour jouer, explorer et apprendre.
Notre politique nous impose aussi de ne pas faire de sortie en extérieur avec les enfants en dessous de -27, avec ou sans facteur vent. L’image ci-haut vous aidera à comprendre pourquoi cette politique est en place.
Nous arrivons à une période de l’année durant laquelle la neige est profonde. Les enfants ont de petites jambes, l’accès à la forêt devient donc un défi. Mais nous avons une solution simple et très efficace, pour contrer ces difficultés :
En dégageant un sentier, à la force de ses bras, on crée un magnifique chemin d’exploration pour les enfants. Et quel succès ! Les membres du personnel éducatif nous le disent :
« Merci, les enfants ont réussi à marcher beaucoup plus facilement jusqu’à la forêt et à prendre du fun ! »
Les camps de Noël ont été l’occasion pour les enfants de vivre de nombreuses expériences hivernales, riches en sensations et en apprentissages !
Les enfants ont pu observer que marcher doucement sur la glace ne la brise pas lorsqu’on est léger, mais que sauter à pieds joints dessus peut la faire craquer. Une drôle de découverte, qui permet de comprendre la résistance des surfaces et d’ajuster ses mouvements.
Équipés d’une pelle, d’une bêche et de beaucoup de motivation, les enfants ont créé une glissade sur une butte de neige. Certains rêvaient même d’y ajouter un petit tunnel pour glisser en passant à l’intérieur. Un bel exemple de créativité, de coopération et de persévérance.
Chausser des raquettes et partir marcher dans la forêt a été une expérience marquante. Les enfants ont pu comparer leurs déplacements avec et sans raquettes, et sentir la différence dans la neige profonde. Une activité qui développe la coordination, l’endurance et l’adaptation.
Que faire quand la neige arrive jusqu’à la taille ?
Les bambins ont trouvé la réponse : se laisser tomber sur le ventre dans la neige, puis demander de l’aide pour se relever, et recommencer !
Ils ont pris beaucoup de plaisir à tester la texture, la profondeur et la “dureté” du sol, si différente en hiver. Une exploration simple, mais riche en apprentissages, et très amusante !
Récemment, plusieurs articles ont partagé des informations concernant les buttes de neige dans les cours d’école au Québec. Dans certaines situations, des règles très précises ont été mises en place : hauteur maximale de la butte, pente contrôlée, zones définies, inspections fréquentes, et parfois même le port du casque si ces conditions ne sont pas respectées.
Ces mesures visent avant tout à répondre aux exigences de prévention et d’assurance. Elles ont cependant suscité beaucoup de réactions, car elles soulèvent une question importante :
Jusqu’où encadrer le jeu pour le rendre sécuritaire, sans lui enlever son sens et ses bénéfices ?
Dans nos centres de la petite enfance, l’approche est généralement différente. Plutôt que de normer chaque élément du jeu, on privilégie :
Dans le cadre de la programmation CPE en nature, l’objectif n’est pas d’éliminer tout risque, mais de :
Dans notre contexte, il est aussi important de préciser comment les buttes de neige sont utilisées avec les enfants.
Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, les enfants ne glissent pas sur les buttes de neige à l’aide de traîneaux. Ils glissent simplement sur les fesses.
Cette distinction est essentielle. Avec un traîneau, la pente pourrait devenir trop abrupte, la vitesse serait forcément beaucoup plus élevée et les risques augmenteraient considérablement. En glissant sur les fesses, les enfants gardent un contact direct avec le sol, une vitesse plus lente et une meilleure capacité à s’arrêter par eux-mêmes.
Cette manière de faire permet de conserver le plaisir de la glissade tout en limitant les risques, et en apportant à l’enfant la possibilité de s’ajuster, de contrôler et d’écouter son propre corps.
Beaucoup d’adultes se souviennent avoir joué sur des buttes de neige durant leur enfance. Ces souvenirs nous invitent à réfléchir à notre rapport au risque aujourd’hui.
Dans l’esprit du CPE en nature, les buttes de neige ne sont pas vues comme un danger en soi, mais comme une opportunité d’apprentissage, lorsqu’elles sont utilisées avec :
L’hiver nous demande de nous adapter, de ralentir parfois, mais aussi d’oser explorer autrement. Bien préparés et bien accompagnés, nous observons que les enfants développent une relation positive avec le froid, la neige et les défis qu’ils rencontrent dehors.
Nous vous souhaitons de beaux moments hivernaux, remplis de découvertes, de rires et de souvenirs partagés, mais toujours en tenant compte des conditions extérieures !
Au plaisir de vous retrouver dans la prochaine infolettre.
Mathieu Lambert
Coordinateur du projet CPE en nature et conseiller pédagogique en plein air Carrefour francophone
FrancoFaits : des faits issus de la recherche sur le vocabulaire et la langue en contexte minoritaire, présentés par Chantal Mayer-Crittenden, orthophoniste et professeure à l’Université Laurentienne
Nos partenaires de projet : PLAYLearnThink, Collège Boréal, Centre éducatif des Premières Nations, Métis et Inuit et la Pavillon Shkode (Cœur du feu);
nos partenaires de recherche : Centre d’innovation sociale pour l’enfant et la famille et notre bailleur de fonds : Emploi et Développement social Canada.
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