publié le jeudi 3 avril 2025
par Aline Fablet dans Blogue
Le programme CPE en nature avance à grands pas, et j’ai le plaisir de vous faire part des dernières nouvelles, qui marquent un tournant décisif dans notre démarche.
Le mois de février a constitué une étape clé : notre formation sur la pédagogie de plein air en centre de petite enfance a été entièrement filmée ! Après plusieurs mois de travail et de préparation, ce tournage nous permettra d’accompagner encore plus le personnel éducateur en leur offrant un outil de formation accessible, concret et inspirant. Nous vous tiendrons informés dès que celle-ci sera mise en ligne afin que vous puissiez, si vous le souhaitez, y accéder vous aussi.
Mais ce n’est pas tout ! En mars, nous avons franchi une nouvelle étape en partageant notre expertise avec d’autres centres de la petite enfance et en les accompagnant dans la mise en place de la pédagogie de plein air auprès des tout-petits. Les Moussaillons à Stouffville, Les Moussaillons à Markham et L’Afry sont ainsi les trois premiers centres extérieurs au Carrefour francophone à bénéficier de notre expérience. Une avancée significative qui permettra à encore plus d’enfants et d’adultes de découvrir les joies d’explorer, d’apprendre et de grandir en pleine nature !
Dans cette infolettre, je vous invite à découvrir l’accompagnement que nous avons mené dans le sud de l’Ontario, et à en connaître davantage sur la recherche-action que nous avons mené en collaboration avec le Centre d’innovation sociale pour l’enfant et la famille de Boréal.
J’espère que cette infolettre sera une belle source d’inspiration pour vous, tout comme le projet CPE Forêt l’est pour nous !
Bonne lecture et à bientôt !
Mathieu Lambert
Coordinateur du projet CPE forêt et conseiller pédagogique en plein air,
Carrefour francophone.
Comme je vous l’annonçais, nous avons eu la chance de partager notre expertise avec d’autres centres de la petite enfance, dans le sud de l’Ontario : les Moussaillons à Stouffville, Les Moussaillons à Markham et L’Afry.
Ce partage de connaissances représente une belle occasion d’étendre le programme CPE Forêt et d’inspirer d’autres milieux éducatifs. Voici un aperçu de ce que nous avons vécu avec chaque centre :
Les Moussaillons de Stouffville découvrent la joie que procure la pédagogie en plein air ! Ils ont pu gravir la pente, dans un parc à proximité de leur centre de petite enfance, grâce à la corde installée par Erick Dubois. Ils ont adoré monter et descendre la pente, de toutes les manières possibles et imaginables. Certains sont revenus au centre plein de boue.
Direction Stouffville, où nous avons organisé une expérience de jeu dirigé par l’enfant en plein air dans un parc voisin. Plutôt que d’utiliser la structure de jeu traditionnelle, nous avons profité du dénivelé présent pour laisser les enfants explorer librement et expérimenter leur motricité. Voici un des retours marquants que nous avons reçu à ce sujet :
« Cet enfant ne peut pas prendre de risque habituellement, et là, il est avec nous… Il se laisse glisser dans la pente, sur la boue. »
Voilà une belle preuve qui montre que la prise de risque mesurée permet de renforcer la confiance en soi des enfants.
Les enfants réalisent que lorsque la neige fond, elle se transforme en eau et s’écoule dans les bouches d’évacuations d’eau de pluie.
Avec Les Moussaillons de Markham, nous avons partagé un superbe moment dans un parc nommé Apple Creek. Notre aventure a commencé par une exploration à travers les arbres, au cours de laquelle les enfants ont eu la surprise de découvrir un abri naturel construit à l’aide de branches.
Cette sortie s’est poursuivie par des glissades le long d’une petite pente enneigée, où même les éducatrices ont pris plaisir à glisser avec les enfants !
Pour le retour, nous avons emprunté un sentier forestier longeant un petit ruisseau. Un endroit idéal pour réitérer l’expérience et partir à la découverte de trésors avec les enfants, et, qui sait, peut-être y dénicher quelques petites bêtes.
Mathieu fait un suivi avec le personnel éducateur pour connaître leur ressenti vis-à-vis de ce qu’ils ont vécu le matin même.
Nous avons été impressionnés par la capacité d’adaptation de l’équipe éducative de l’Afry, à Richmond Hill. Dès le début, le personnel éducateur a pris le temps d’observer. Ils ont su passer rapidement à la mise en pratique. En l’espace d’une matinée, ils ont réussi à expérimenter le lâcher-prise et à accompagner les enfants en tant que co-joueurs dans les différents espaces proposés :
Ces activités ont offert de nombreuses opportunités de découvertes, autant pour les enfants que pour les adultes. Nous avons eu la joie d’observer les adultes se laisser porter par l’instant présent, faire preuve de curiosité et rebondir sur les intérêts des enfants.
Le témoignage de Caroline, éducatrice de l’Afry, que j’ai reçu peu de temps après, illustre bien l’intensité de cette journée:
“C’était magique cette expérience et qu’est-ce que j’ai bien dormi cette nuit !!”
Un enfant a pris plaisir à glisser sur cette plaque de glace et a pu tester son équilibre.
Je vous en ai déjà parlé, mais la recherche-action a joué un rôle essentiel dans l’évolution de nos pratiques en plein air. C’est grâce à elle que nous avons pu affiner nos approches et permettre de vivre des expériences aussi riches que celles que nous venons de partager. Et si nous prenions un moment pour vous en dire un peu plus à ce sujet ?
En collaboration avec le Centre d’innovation sociale pour l’enfant et la famille (CISEF) du Collège Boréal, nous avons mené une recherche-action dans le cadre de ce projet CPE forêt, et nous sommes heureux de pouvoir vous partager ses résultats.Cette recherche visait à analyser les facteurs clés pour la mise en œuvre réussie d’une programmation en plein air, tant du point de vue du personnel éducateur que des enfants et des familles :
Ces données révèlent des profils variés parmi les participants. Parmi les 19 éducateurs ayant répondu au sondage :
Ces éléments ont permis d’affiner l’analyse et d’adapter notre approche, en tenant compte des réalités du terrain et des défis vécus par le personnel éducateur.
Il est important de préciser que cette recherche repose sur un échantillon restreint, ce qui signifie que les conclusions doivent être interprétées dans ce contexte. Toutefois, malgré sa taille modeste, cet échantillon offre des indications précieuses sur les impacts positifs du plein air sur le développement des enfants, sur le bien-être du personnel, et nous permet d’identifier les défis rencontrés par le personnel éducateur et les familles.
Mais, avant de vous les présenter, j’aimerais ici vous faire un rappel qui me semble nécessaire pour expliquer ce qu’est exactement une recherche-action. En quoi cela consiste ? En quoi cela se différencie d’une recherche classique ? C’est ce que nous allons voir ensemble, dès à présent.
Dans une recherche classique, l’objectif est généralement d’élaborer des théories et tirer des conclusions à partir d’analyses statistiques et d’expériences en laboratoire. Le chercheur est souvent extérieur au phénomène étudié, il va formuler une hypothèse, collecter des données en suivant un processus strict et appliquer une méthodologie qui lui permettra de tester des théories déjà existantes. Sa contribution est académique et théorique, elle pourra ainsi être utilisée, par la suite, par d’autres chercheurs ou experts.
La recherche-action, en revanche, est une recherche participative et évolutive qui ne se limite pas à l’observation et à l’analyse. En effet, elle implique directement les chercheurs, les organisations et les communautés concernées dans le processus de changement.
L’objectif ici est de comprendre une problématique, bien entendu, mais aussi d’apporter des solutions concrètes et applicables. L’action et la réflexion sont donc deux points essentiels de la recherche-action. Chaque avancée permet d’ajuster et d’améliorer les pratiques, ce qui permet de créer un savoir durable et intégré au sein des structures concernées.
Enfin, la recherche-action se différencie également par le fait que les résultats sont partagés et co-construits avec les participants, contrairement aux recherches classiques dont les résultats sont, en général, la propriété des chercheurs ou des institutions académiques. Ainsi, les acteurs sur le terrain peuvent s’approprier les connaissances. Cela garantit donc un impact plus durable et une transformation des pratiques.
Et c’est ce qui a été fait avec le projet CPE forêt. Les résultats de cette recherche-action ont directement mené à la création d’une formation, réponse concrète aux besoins identifiés sur le terrain, notamment pour aider le personnel éducateur à gagner en confiance et à surmonter ses insécurités en contexte de plein air.
La recherche-action dépasse donc le cadre strict de l’analyse scientifique et devient un levier de changement. Elle permet aux organisations et aux professionnels d’expérimenter, d’ajuster et d’innover, tout en créant un pont entre la théorie et la pratique. C’est dans cet esprit que nous avons mené notre recherche-action sur le projet CPE Forêt, et nous avons hâte de commencer à vous la présenter plus en détail, dans les prochaines infolettres.
Je tiens à tous vous remercier, éducateurs et éducatrices, partenaires et familles, pour votre engagement.
Votre implication est essentielle et contribue à faire évoluer nos pratiques et à inspirer encore plus de centres de petite enfance à se lancer dans l’aventure du plein air !
Nous avons hâte de vous partager la suite de nos découvertes ! D’ici là, restez curieux, observez, explorez… et surtout, prenez le temps de profiter de la nature avec les enfants !
À bientôt,
Mathieu Lambert
Coordinateur du projet CPE forêt et conseiller pédagogique en plein air,
Carrefour francophone.
Nos partenaires de projet : PLAYLearnThink, Collège Boréal, Centre éducatif des Premières Nations, Métis et Inuit et la Pavillon Shkode (Coeur du feu); nos partenaires de recherche : Centre d’innovation sociale pour l’enfant et la famille et notre bailleur de fonds : Emploi et Développement social Canada.