Published on Tuesday, December 23 2025
by Jasmine Morin in Blog
L’automne est une saison importante pour les centres de petite enfance. Les températures changent, les conditions extérieures connaissent de grandes variations, et les équipes doivent continuellement ajuster leurs pratiques pour maintenir des expériences sécuritaires en plein air. C’est aussi une saison idéale pour l’analyse et la consolidation des apprentissages réalisés tout au long de l’année.
Au cours des derniers mois, la pédagogie en nature a continué de se déployer dans nos centres grâce à l’engagement des équipes éducatives et aux différentes formes d’accompagnement mises en place par le Carrefour francophone. Les journées de formation en forêt, les suivis virtuels et l’utilisation de la plateforme de formation
Grandir en nature, ont permis de renforcer la confiance du personnel et d’affiner les pratiques professionnelles en plein air dans la programmation quotidienne.
Dans cette infolettre, je vous propose de revenir sur deux journées de formation en forêt vécues à Wanup, de faire un retour sur notre collaboration avec les centres des Moussaillons et de l’AFRY, et d’aborder un élément important de la pédagogie par la nature : l’évaluation des bénéfices et des risques, particulièrement pertinente à l’approche de l’hiver.
Bonne lecture, et merci de contribuer, par votre engagement et votre réflexion, à faire évoluer les pratiques en pédagogie de plein air.
Mathieu Lambert
Coordinateur du projet CPE forêt et conseiller pédagogique en plein air,
Carrefour francophone.
Le samedi 25 octobre et le samedi 22 novembre 2025, le personnel éducatif du Carrefour francophone s’est réuni à Wanup pour vivre une journée de développement professionnel en pleine forêt.
Durant cette journée, trois ateliers se sont succédé, animés par Mathieu Lambert, Erick Dubois et Céline Kerampran. Les participantes et participants, répartis en petits groupes, ont exploré différents aspects de la pédagogie en nature : le lien au milieu, la sécurité, l’observation, le jeu risqué, et même l’orientation sans carte ni boussole.
Les objectifs étaient simples mais essentiels :
Les journées se sont déroulées dans la bonne humeur et la curiosité. Le retour du personnel a été majoritairement très positif : beaucoup ont exprimé combien cette expérience les a aidés à se sentir plus confiants, et inspirés à sortir davantage avec les enfants.
Une troisième journée de formation était prévue le 15 novembre. Cependant, compte tenu des conditions météorologiques difficiles (pluie continue et risque de verglas), nous avons pris la décision de la reporter à une date ultérieure.
Ce changement de programme est aussi un apprentissage que le personnel éducatif pourra mettre en pratique : savoir écouter la nature, adapter nos plans, et reconnaître quand les conditions ne sont pas propices à une expérience positive.
Animé par : Mathieu Lambert
Conseiller pédagogique en plein air, Mathieu a invité le personnel éducateur à réfléchir à leurs perceptions de la nature : qu’est-ce qui nous attire ? Qu’est-ce qui nous met mal à l’aise ?
Par des échanges et des activités sensorielles, les participants ont exploré leur rapport personnel au milieu naturel. L’atelier s’est conclu par la création de land art pour une cohorte et par un jeu de cache-cache avec la deuxième cohorte.
“Ce programme CPE en nature, je le vois comme un terrain fertile : un espace où l’on sème des graines de curiosité, d’autonomie et de confiance. Chez les enfants, bien sûr, mais aussi chez les adultes qui les accompagnent.” -Mathieu Lambert
Animé par : Erick Dubois
Avec son expérience de guide, de pompier spécialisé en milieux périlleux et d’enseignant, Erick, Agent en plein air au Carrefour francophone, a proposé une initiation à l’orientation en nature sans outils technologiques.
Les participants ont appris à se repérer grâce aux éléments naturels : la position du soleil, la mousse sur les troncs, la direction du vent, les sons du milieu…
L’objectif : développer la confiance en soi et l’observation, plutôt que la dépendance à la technologie.
“Les sentiers battus n’offrent guère de richesse ; les autres en sont pleins.” – Jean Giono
Animé par : Céline Kerampran
Issue du domaine de la petite enfance et passionnée de pédagogie du plein air, Céline a fait découvrir aux participants les principes du jeu risqué, inspirés des travaux d’Ellen Sandseter.
À travers échanges, outils d’analyse et balade en forêt, les équipes ont appris à évaluer les bénéfices et les risques d’une activité pour permettre aux enfants de grimper, courir, explorer et tester leurs limites… tout en restant en sécurité.
Ces trois ateliers ont été riches d’apprentissages pour le personnel éducatif. Mais, comme vous le savez, être en nature demande de savoir s’adapter. Et l’hiver qui arrive nous le rappelle d’autant plus, avec ses températures froides, la neige et la glace.
Au mois de mars 2025, j’ai eu l’occasion, avec mon collègue Érick, de descendre dans le Sud de l’Ontario afin de partager notre expérience en pédagogie de plein air avec les centres de la petite enfance des Moussaillons et de l’AFRY. Cette démarche s’inscrivait dans la continuité du développement de notre nouvelle plateforme de formation Grandir en nature, conçue pour soutenir les équipes éducatives dans l’intégration progressive et réfléchie du plein air
Pour chacun des sites, la première rencontre avait pour objectif de présenter la plateforme, son fonctionnement, les modalités d’inscription, ainsi que de faire un retour sur les observations et échanges réalisés lors de notre passage.
Ces rencontres inaugurales ont également représenté un véritable exercice d’ajustement — autant pour leurs équipes éducatives que pour moi et pour la plateforme. Leurs commentaires, leurs questions et leur participation active nous ont permis d’améliorer nos outils, de clarifier certains contenus et d’affiner notre manière d’accompagner les centres dans cette démarche.
Je tiens à souligner ma reconnaissance envers ces équipes : leur engagement et leur transparence ont été essentiels à la qualité de ce travail collaboratif.
Lors des deuxième et troisième rencontres, nous avons revisité plusieurs thèmes présentés dans les capsules vidéo. L’objectif était d’aller plus loin : analyser des pratiques, questionner certaines habitudes, et s’exercer à travers des exemples concrets. Ces échanges ont permis à chacun de mieux saisir comment la pédagogie par la nature s’inscrit dans le quotidien, par petites touches intentionnelles, mais aussi dans la durée.
Pour chacun des sites, la première rencontre avait pour objectif de présenter la plateforme, son fonctionnement, les modalités d’inscription, ainsi que de faire un retour sur les observations et échanges réalisés lors de notre passage.
Ces rencontres inaugurales ont également représenté un véritable exercice d’ajustement — autant pour leurs équipes éducatives que pour moi et pour la plateforme. Leurs commentaires, leurs questions et leur participation active nous ont permis d’améliorer nos outils, de clarifier certains contenus et d’affiner notre manière d’accompagner les centres dans cette démarche.
Je tiens à souligner ma reconnaissance envers ces équipes : leur engagement et leur transparence ont été essentiels à la qualité de ce travail collaboratif.
Lors des deuxième et troisième rencontres, nous avons revisité plusieurs thèmes présentés dans les capsules vidéo. L’objectif était d’aller plus loin : analyser des pratiques, questionner certaines habitudes, et s’exercer à travers des exemples concrets. Ces échanges ont permis à chacun de mieux saisir comment la pédagogie par la nature s’inscrit dans le quotidien, par petites touches intentionnelles, mais aussi dans la durée.
L’évaluation des bénéfices et des risques est essentielle en pédagogie par la nature. Elle permet de poser un regard professionnel, réfléchi et documenté sur les situations vécues lors des sorties en plein air.
Cette démarche ne cherche pas à éliminer tous les risques, mais à mettre en balance ce que l’activité apporte aux enfants (sur les plans moteur, social, émotionnel et cognitif) et les risques réels qu’elle comporte, afin de prendre des décisions éclairées.
Dans l’exemple présenté : jouer sur les roches (grimper, rouler, glisser, sauter), l’évaluation met en évidence des bénéfices importants : développement de l’équilibre et de la coordination, renforcement musculaire, gestion du risque, confiance en soi, entraide et compréhension de l’espace. Ces bénéfices justifient pleinement la mise en place de l’activité, à condition qu’elle soit encadrée adéquatement.
En cas d’incident ou d’accident, une évaluation des bénéfices et des risques bien documentée devient un élément de référence clé.
Elle permet de démontrer que :
Ce type de document soutient donc le personnel éducatif et les directions dans leur rôle professionnel. Il montre que l’on ne cherche pas à éviter toute prise de risque, mais à offrir des expériences enrichissantes tout en assurant un cadre sécuritaire et responsable.
L’évaluation des bénéfices et des risques ne doit pas être un document figé. Elle va forcément évoluer en fonction du contexte, des conditions météorologiques et des saisons.
Un même site peut présenter des réalités très différentes :
Le suivi permet d’identifier ces changements, d’ajuster les décisions et, si besoin, de modifier ou suspendre temporairement une activité. Il aide aussi à avoir une meilleure connaissance du site par les équipes et une plus grande cohérence entre pairs.
En documentant vos observations (avec des photos, des mots d’enfants, des notes sur les progrès ou les peurs), vous contribuez à nourrir cette réflexion continue. Cela aide aussi à identifier l’évolution du confort des adultes face à certaines pratiques, un aspect souvent sous-estimé, mais pourtant essentiel à la réussite des sorties en nature.
Cette démarche d’évaluation bénéfices-risques renforce la posture professionnelle des équipes éducatives.
Elle encourage :
En acquérant ces réflexes, l’évaluation des bénéfices et des risques devient ainsi un outil vivant, au service des enfants, des équipes et de la qualité des expériences offertes en nature, et ce, tout au long de l’année.
À travers les formations en forêt, l’accompagnement des équipes et le développement d’outils comme l’évaluation des bénéfices et des risques, une chose se confirme : la pédagogie par la nature ne repose pas sur l’improvisation, mais sur une posture professionnelle réfléchie, évolutive et ancrée dans la réalité du terrain.
Les saisons changent, les conditions aussi, et nos pratiques doivent sans cesse s’ajuster. C’est en prenant le temps d’observer, de documenter, d’analyser et d’échanger que nous pouvons continuer à offrir aux enfants des expériences en plein air riches de sens, sécuritaires et alignées avec leurs besoins développementaux.
Le Carrefour francophone demeure pleinement engagé à soutenir ses équipes éducatives dans cette démarche, que ce soit par la formation, l’accompagnement ou la mise à disposition d’outils concrets.
Si vous avez des questions, des réflexions à partager ou des besoins particuliers en lien avec vos pratiques en nature, je reste disponible pour des échanges. Je suis disponible par courriel à cette adresse mlambert@carrefour.ca. D’après moi, ce sont des pratiques essentielles pour faire évoluer nos approches collectivement.
Alors que l’année tire à sa fin, je tiens à souligner le travail remarquable des équipes éducatives qui, jour après jour, s’investissent pour offrir des expériences de qualité aux enfants, quelles que soient les conditions.
Je vous souhaite de belles fêtes de fin d’année, un temps de repos bien mérité, et une période hivernale riche en découvertes!
Au plaisir de poursuivre ce travail ensemble, au cours de la prochaine année.
Mathieu Lambert
Coordinateur du projet CPE en nature et conseiller pédagogique en plein air
Carrefour francophone
Nos partenaires de projet : PLAYLearnThink, Collège Boréal, Centre éducatif des Premières Nations, Métis et Inuit et la Pavillon Shkode (Coeur du feu); nos partenaires de recherche : Centre d’innovation sociale pour l’enfant et la famille et notre bailleur de fonds : Emploi et Développement social Canada.