Encore un pied dans l’été

Septembre est déjà là, et il annonce doucement la fin de l’année. Mais ce mois nous réserve encore de belles journées ensoleillées, et dans nos centres, les enfants continuent d’explorer, de grimper et de questionner le monde avec la même intensité.

De notre côté, en tant que personnel éducateur, nous poursuivons notre travail avec, au programme : ajuster nos postures, documenter les apprentissages et améliorer toujours plus notre programme en nature.

Dans cette infolettre, j’ai eu envie de me présenter davantage, de partager avec vous une réflexion sur les liens entre les approches Pikler et Reggio Emilia, et de poursuivre ensemble l’exploration des résultats de notre recherche-action.

Je n’ai plus qu’une chose à vous dire : Bonne lecture !

Mathieu Lambert
Coordinateur du projet CPE forêt et conseiller pédagogique en plein air,
Carrefour francophone.

Qui se cache derrière ces infolettres ?

J’ai pensé que vous aimeriez peut-être en savoir un peu plus sur la personne derrière ces infolettres.

Je m’appelle Mathieu Lambert, conseiller pédagogique pour le programme CPE en nature.
Et si ce programme est si important pour moi, c’est parce qu’il est en lien avec ce que j’ai toujours aimé transmettre.

Je suis né dans le sud de la France, et la nature a toujours fait partie de mon quotidien : les vacances en camping, les promenades en montagne, les journées entières à pratiquer le ski alpin, les après-midis passés dehors chez ma grand-mère… Tous ces moments m’ont donné le goût de l’exploration et du plein air.

Mon parcours scolaire m’a d’abord mené vers un baccalauréat en biologie, avec une spécialisation en écologie et biologie des organismes. Dans le même temps, j’ai choisi de me former pour accompagner les enfants. C’est ainsi que j’ai pu vivre de mes deux passions : la nature et l’éducation.

En France, j’ai été animateur, puis éducateur à l’environnement, et toujours un fervent pratiquant du jeu libre et des découvertes en nature.

Aujourd’hui, je continue à vivre cette passion ici, au Canada, où je me suis installé avec ma femme et nos trois enfants.

Nous avons posé nos valises à Sudbury, après un passage à Québec, et j’ai gardé cette envie de contribuer à l’expansion d’une pédagogie enracinée dans la nature, vivante et inspirante.

Ce programme CPE en nature, je le vois comme un terrain fertile : un espace où l’on sème des graines de curiosité, d’autonomie et de confiance. Chez les enfants, bien sûr, mais aussi chez les adultes qui les accompagnent.

Une structure pour grimper… et pour réfléchir !

Ces dernières semaines, l’installation de notre nouvelle structure, dans l’aire de jeu de Boréal des tout-petits, m’a amené à réfléchir aux approches pédagogiques qui influencent notre travail au quotidien. Deux d’entre elles me sont venues en tête : Pikler et Reggio Emilia.

Deux visions différentes, mais qui partagent des bases communes que nous vivons dans notre programme CPE en nature.

Dans nos centres de petite enfance, nous faisons le choix d’observer avant d’intervenir. De prendre le temps de regarder comment l’enfant explore, grimpe, manipule, communique. Cette posture est au cœur de l’approche Pikler, qui nous rappelle que le développement de l’enfant passe par le respect de son rythme et par la motricité libre.

Lorsque nous offrons un espace qui permet de grimper, glisser, ou encore, se cacher, nous invitons l’enfant à explorer, dans un cadre pensé et sécuritaire.

Et c’est exactement ce que nous avons souhaité en installant cette nouvelle structure, inspirée du triangle de Pikler. Cette structure permet aux enfants d’améliorer leur développement global et leur autonomie, en toute sécurité.

Et puis il y a, bien entendu, l’approche Reggio Emilia, au cœur de nos pratiques.
On la retrouve dans notre manière de documenter les apprentissages, de co-construire le projet pédagogique avec les enfants, et de donner à l’environnement une place centrale dans les expériences éducatives.

Cette approche nous montre que l’enfant est un être compétent, curieux, plein de ressources et de désir d’apprendre. Notre rôle est de lui offrir les conditions pour exprimer tout son potentiel.

Chaque moment du quotidien devient alors une occasion de construire du sens : une promenade, une construction de cabane, une discussion en cercle, etc.

C’est tout un projet qui émerge du vécu des enfants, et qui vient nourrir nos réflexions en équipe.

Dans nos centres, l’environnement est le troisième éducateur, et la nature en fait naturellement partie.

Branches, flaques, insectes ou pierres deviennent des “provocations” riches en apprentissages. Et c’est ensemble – enfants et adultes – que nous explorons, imaginons et expérimentons !

Finalement, ces deux approches se rejoignent sur plusieurs points essentiels :

  • le respect du rythme et de l’autonomie de l’enfant,
  • l’observation comme base de l’intervention éducative,
  • un environnement stimulant, réfléchi et évolutif.

Et nous vivons tout cela chaque jour, dans nos postures, nos choix d’aménagement et nos échanges.

Alors aujourd’hui, j’avais envie de vous partager ces réflexions, et de vous rappeler ceci :

Prendre soin des enfants, ce n’est pas faire à leur place. C’est leur offrir un espace dans lequel ils peuvent s’épanouir en confiance.

Les résultats de la recherche-action

"Plus de quatre personnes sur cinq reconnaissent l’apport d’une programmation en nature sur les habiletés sociales (84%), l’activité physique (84%), la confiance en soi (83%), et la connexion avec la nature des enfants (84%). Un peu plus de la moitié des personnes reconnaissent qu’une programmation en forêt peut aider les enfants à développer leur vocabulaire français (61%) et la capacité de s’exprimer en français (53%).", Projet CPE en forêt - Résultats de la recherche-action 2023-2024

Un regard sur le personnel éducateur : ce que nous apprend la recherche-action

Dans le cadre de notre programme CPE en nature, nous avons aussi pris le temps d’écouter celles et ceux qui accompagnent les enfants au quotidien. Parce qu’un bon programme ne repose pas uniquement sur des idées, mais aussi (et surtout !) sur l’expérience concrète vécue sur le terrain.

Les résultats de la recherche-action nous ont permis de mettre en lumière plusieurs constats.

 

Le travail en forêt, moins énergivore ?

Ce qui ressort très clairement, c’est que la gestion des comportements est souvent facilitée dehors. Moins de règles à faire respecter, plus d’espace pour bouger, moins de bruit ambiant,  et, par conséquent, moins de fatigue ressentie pour une partie de l’équipe.

Mais attention : cela ne signifie pas que tout est plus simple. La sécurité reste une priorité constante, et c’est justement en forêt que certains éducateurs et éducatrices ressentent le plus de stress à ce sujet. Rochers, troncs, arbres dans lesquels les enfants souhaitent grimper. Cela demande de lâcher prise, de faire confiance aux enfants, mais aussi à soi-même.

Et puis, il y a la réalité logistique. Quand le site de jeu se trouve à vingt minutes de marche et qu’il faut accompagner un groupe dans la bonne humeur, consoler les plus petits et s’assurer que tout le monde suit… ce n’est pas rien !

"En somme, le travail de la majorité du personnel éducateur est caractérisé par des facteurs jugés motivants, notamment, le sentiment d’accomplissement et l’utilisation de ses habiletés et compétences. On constate la présence de deux principaux facteurs démotivants chez certaines personnes travaillant dans l’un des deux sites: le manque de contrôle sur les choses affectant la satisfaction au travail et le manque d’appréciation des efforts déployés au travail.", Projet CPE en forêt - Résultats de la recherche-action 2023-2024

Ce que le personnel aime dans son travail en plein air

Malgré les défis, ce qui revient le plus souvent dans les résultats de la recherche-action, c’est l’amour du métier. Travailler avec les enfants reste la source de motivation principale pour la grande majorité des personnes interrogées. Leur curiosité, leur joie de vivre et leur capacité à apprendre chaque jour sont des caractéristiques qui donnent du sens à leur quotidien.

Plusieurs membres du personnel ont également parlé du plaisir de travailler en équipe, dans un climat de respect et de collaboration. Parce qu’un espace de plein air, aussi beau soit-il, n’est rien sans un groupe solide et soudé !

En résumé, cette recherche-action nous confirme que le plein air transforme les enfants, mais aussi les adultes qui les accompagnent. Elle nous encourage à continuer de réfléchir ensemble à ce qui rend un environnement de travail à la fois sain, sécuritaire et stimulant pour tous.

Pour conclure

Cette infolettre était un peu plus personnelle que d’habitude, et j’espère qu’elle vous aura permis de mieux comprendre ce qui nous anime dans notre programme CPE en nature.

Chaque jour passé dehors avec les enfants nous rappelle à quel point l’éducation est vivante et mouvante. C’est une aventure, faite d’ajustements, d’écoute, de confiance et de joies partagées.

Merci à vous de faire partie de ce cheminement, et de croire, vous aussi, en la pédagogie de plein air !

À bientôt pour de nouvelles explorations,

Mathieu Lambert
Coordinateur du projet CPE forêt et conseiller pédagogique en plein air,
Carrefour francophone.

Le Carrefour francophone souhaite offrir ses remerciements

Nos partenaires de projet : PLAYLearnThink, Collège Boréal, Centre éducatif des Premières Nations, Métis et Inuit et la Pavillon Shkode (Coeur du feu); nos partenaires de recherche : Centre d’innovation sociale pour l’enfant et la famille et notre bailleur de fonds : Emploi et Développement social Canada.